Caractérisation et étude du site

Un élément essentiel de la dépollution environnementale
L'air, l'eau et le sol sont indispensables à la vie humaine, car ils nous permettent de respirer, de nous désaltérer et de nous nourrir. Ils font partie intégrante de toutes nos activités professionnelles et de loisirs. Les polluants présents dans l'environnement peuvent entraîner une exposition et avoir des répercussions sur la santé humaine et l'environnement.
Pour pouvoir interagir en toute sécurité avec l'environnement, nous devons avoir l'assurance que cette contamination est évitée dans la mesure du possible.
La connaissance de la présence et des concentrations de contaminants potentiellement nocifs est un élément clé de la protection des utilisateurs de l'environnement. Des évaluations sont menées sur les installations où des matières dangereuses ont été utilisées avant que ces sites ne soient réaffectés à d'autres usages. Mais il existe malheureusement aussi des sites où ces matières ont, à un moment donné, été laissées dans des conditions non sécurisées ou dispersées de manière incontrôlée. Des études environnementales sont nécessaires pour évaluer ces emplacements. Les exploitants d’une installation en activité doivent démontrer qu’ils ont rempli leurs obligations de laisser le site dans un état acceptable. Les sites historiques présentant des contaminants potentiellement inacceptables peuvent nécessiter une caractérisation afin de déterminer s’il existe des problèmes nécessitant une remise en état pour se prémunir contre des expositions potentiellement inacceptables.
DÉFINIR L'OBJECTIF
La planification et la mise en œuvre d’une étude environnementale productive et efficace dépendent de la définition des objectifs de cette démarche. Le plus souvent, on part de ce que l’on sait. Il peut s’agir, par exemple, de l’historique du site, qui a pu servir d’installation industrielle et/ou de site de stockage de déchets. Parfois, certains indices laissent présager un problème, comme des répercussions sur la santé humaine ou écologique, ou encore une végétation en mauvais état. Une fois que l’on a cerné les caractéristiques fondamentales du site, on peut déterminer les résultats que l’on souhaite obtenir grâce à cette étude.
Dans le cas le plus simple, nous cherchons à confirmer que les opérations menées sur le site ont été menées à bien de manière satisfaisante et que la contamination résiduelle sur le site respecte les critères applicables. Ces prélèvements de confirmation sont généralement effectués conformément aux exigences de l'autorité de régulation compétente.
À l’autre extrémité du spectre de complexité se trouvent les situations où des impacts sont constatés, mais sans cause directe évidente. L’un de ces cas a inspiré le livre « A Civil Action » de Jonathan Harr, adapté au cinéma en 1998 sous la forme d’un drame judiciaire. Ces enquêtes deviennent beaucoup plus complexes en raison de la nécessité d’une analyse multimédia – eau, sol, air – et d’un dépistage portant sur un éventail potentiellement très large de contaminants. Au début, les objectifs consistent à identifier les contaminants préoccupants qui dépassent les normes sanitaires ou les limites réglementaires, et à mieux comprendre la manière dont ils se propagent dans l’environnement. Ces résultats aident à évaluer les sources possibles de ces contaminants. Le processus s’apparente alors un peu au jeu « Wordle », où chaque étape de l’enquête fournit des informations qui alimentent l’étape suivante et le processus décisionnel en cours. Mettre en place un ensemble pertinent d’analyses d’échantillons dès le début du projet peut aider à définir les analyses nécessaires, en écartant certains contaminants et en se concentrant sur les plus significatifs.
DES DÉFIS UNIQUES
Pour évaluer les impacts potentiels des contaminants environnementaux, il est nécessaire d'identifier et de mesurer ces substances. Les concentrations aux points d'exposition sont généralement bien inférieures à celles observées lors de la production ou de l'utilisation de ces substances, ce qui peut rendre leur quantification difficile. Cependant, les progrès technologiques ont généralement suivi le rythme des découvertes de contaminants reconnus comme dangereux pour la santé publique.
De nombreuses substances radioactives peuvent être détectées en temps réel à des concentrations bien inférieures aux seuils réglementaires. En effet, le défi sur le terrain consiste souvent à distinguer la contamination des niveaux naturels de radioactivité. Les analyses en laboratoire permettent d'identifier facilement tout radio-isotope présent à des concentrations inférieures aux seuils réglementaires.
À l'inverse, les substances chimiques ne sont souvent pas identifiables sur le terrain et ne sont que rarement quantifiables sans analyse en laboratoire. De nombreux agents de terrain maîtrisent les techniques spécifiques de prélèvement et de manipulation des échantillons afin de respecter les exigences méthodologiques nécessaires à une analyse en laboratoire précise des « suspects habituels » : composés organiques volatils et semi-volatils, pesticides et métaux rencontrés lors des enquêtes menées dans le cadre des lois RCRA et CERCLA.
Cependant, les exigences relatives à l’évaluation des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS, PFOA et autres « substances éternelles ») représentent un défi bien plus important pour les équipes de terrain. Les premières recommandations concernant les limites réglementaires applicables à ces substances indiquent qu’elles devront être quantifiées à des niveaux égaux ou inférieurs à une partie par billion (ppt), soit plusieurs ordres de grandeur en dessous de ce qui est requis pour la plupart des polluants industriels courants. Des procédures de laboratoire précises et des équipements de pointe sont nécessaires pour atteindre de tels niveaux. L’omniprésence de ces substances chimiques dans les vêtements et autres matériaux présente un risque élevé de contamination croisée des échantillons aux concentrations extrêmement faibles recherchées. La mise en œuvre réussie d’un programme de caractérisation nécessite une planification et une préparation minutieuses de la part d’une équipe de terrain spécialement formée.
UN PLAN POUR RÉUSSIR
Les études de site peuvent s'avérer coûteuses. Aux frais liés aux équipes de terrain et au matériel s'ajoutent ceux liés aux analyses en laboratoire. Pour un ensemble standard d’analytes RCRA, chaque échantillon peut coûter plusieurs milliers, en fonction de la matrice et de l’urgence des résultats. Une planification adéquate et une consultation des parties prenantes (y compris votre « sympathique » autorité de régulation locale) peuvent constituer un investissement rentable, en garantissant que les bons échantillons sont prélevés de manière appropriée et que les analyses nécessaires sont effectuées pour répondre aux objectifs de qualité des données. Parfois, ces données suffisent à elles seules à confirmer que le site est en bon état. Par ailleurs, la caractérisation peut constituer un investissement rentable en permettant éventuellement de réduire l'étendue des mesures d'assainissement ainsi que la quantité de déchets nécessitant un traitement et une élimination.
Les chances de réussite globale sont accrues par la constitution d’une équipe capable de traiter l’ensemble des enjeux posés par la situation. Cela implique bien sûr une maîtrise de la réglementation, une expertise de terrain et une connaissance des exigences en matière de laboratoires. Pour les cas plus complexes, il peut s’avérer utile de faire appel à des évaluateurs de risques, des modélisateurs environnementaux et des experts en assainissement. Mais l’essentiel est de déterminer comment répondre à la question suivante : « Le site est-il propre ? »
William Duggan, docteur en sciences, ingénieur agréé, CHP
Responsable du génie environnemental
Groupe de sécurité nationale
Division Environnement et Sécurité




